Dieux de l’enfance dans l’Antiquité

Professeure agrégée d’histoire, Sophie Laribi Glaudel consacrait en 2016 sa thèse en histoire comparée des religions, débutée 2 ans plus tôt à l’université de Lorraine, aux dieux de l’enfance en Mésopotamie et en Grèce ancienne aux IIe et Ier millénaires avant notre ère, et en particulier aux divinités de l’enfance et de l’adolescence.

En effet, expliquait-elle, "la bibliographique assyriologique récente ne propose pas d’études spécifiques sur l’enfance". Le développement de ces études est plutôt récent : les sources cunéiformes n’étant déchiffrées que depuis le milieu du XIXe siècle, des milliers de tablettes restent à publier ou à découvrir. 

Un premier apport de la thèse était donc de pallier ce manque. Dans un second temps, Sophie Laribi Glaubel a traité de l’enfance dans le monde grec antique. Enfin, elle a déterminé l’existence, ou non, d’apports mésopotamiens dans les sources grecques par le truchement des civilisations anatoliennes. A titre d’exemple, la chercheuse a relevé que l’âge moyen au mariage des jeunes Athéniennes (entre 12 et 15 ans) permettait de fixer une limite temporaire à leur enfance, alors que l’exercice était beaucoup plus difficile pour les jeunes Athéniens qui se mariaient déjà trentenaires. Une situation similaire était observée dans le monde mésopotamien. La comparaison entre les deux civilisations a donc enrichi les connaissances sur chacune d’entre elles, mais aussi sur la circulation culturelle entre elles.

Entretien avec Sophie LARIBI GLAUDEL

Ma thèse d'histoire comparée sur les dieux de l'enfance en Mésopotamie et en Grèce ancienne aux IIe et Ier millénaires avant notre ère cherche à explorer les relations entre le monde grec et la Mésopotamie. Mon travail s’inspire donc des recherches visant à définir les continuités et les ruptures dans la transmission de la culture mésopotamienne et proche orientale menées, par exemple, dans le cadre du Melammu Project.
 

L'enfance en Mésopotamie peu étudiée

 Si le champ de l'enfance est largement étudié en histoire grecque, il l’est finalement peu dans le champ religieux. De rares études sont consacrées à l’enfance dans le monde mésopotamien notamment parce que l’assyriologie est une discipline assez récente. Je dispose donc de deux corpus, l’un mésopotamien et l’autre grec, constitués de textes et d'objets. Mes recherches portent sur les divinités associées au monde de l’enfance et sur la place de l’enfant dans ces sociétés respectives d’un point de vue religieux. Je cherche à déterminer quels dieux sont invoqués au moment de la naissance, à quels moments ces divinités interviennent au cours de l’enfance et quelles sont leurs attributions.
 

De l'attachement voire de l'amour

 On s’imagine parfois que les parents ne s’attachaient guère à leurs enfants à cause du fort taux de mortalité infantile qui marquait ces périodes. Il n'en est rien. Les rites et incantations autour de la fertilité, de la grossesse, de la naissance ainsi que les divinités associées à l’enfance attestent de l’attachement, voire de l’amour, porté aux enfants. J'ai par exemple eu l’occasion d’étudier une tablette d’époque paléo-babylonienne contenant une lettre envoyée par une femme à son époux. Elle lui fait part de sa détresse et de la difficulté qu’elle éprouve à se remettre de la perte son bébé en fin de grossesse et se plaint de l’indifférence de son entourage. D'ailleurs, en Mésopotamie, une divinité particulière, Lamaštu, est réputée pour s’attaquer aux bébés et aux femmes enceintes.La figure de cette croque mitaine permettait en fait d’expliquer et de rationaliser la mortalité périnatale et infantile. Au cours de l'accouchement, des incantations pour la faire fuir étaient récitées. Dans le monde grec, Artémis, protectrice des accouchements recevait les offrandes des mères reconnaissantes après leur accouchement heureux. Les enfants étaient placés sous sa protection, en particulier les petites filles jusqu’à leur mariage. La dimension courotrophique des divinités liées à l’enfance, féminines ou masculines, a été étudiée pour le monde grec. Ce n’est pas encore le cas pour la Mésopotamie. J’espère donc que ma thèse contribuera à corriger cette lacune.