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La résilience du traumatisme de guerre, C. Yakovlev

Catherine Yakovlev

Bourse de Recherche 2003 
 
Discrète mais passionnée, Catherine Yakovlev a reçu une bourse de la Fondation Mustela pour mener à bien une thèse sur la résilience du traumatisme de guerre. Elle travaille sur une population de jeunes adultes chakmas, une minorité bouddhiste du Bangladesh. A l'initiative d'une organisation humanitaire française, un groupe de 72 garçons est arrivé en France il y a une quinzaine d'années. Chassés par les persécutions de musulmans bangladeshi, ils avaient fui en Inde et c'est dans les camps de réfugiés que cette organisation les a retrouvés, avant de les faire venir en France.
 
Etudier les conditions dans lesquelles a opéré la résilience de ces jeunes présente plusieurs avantages en termes théoriques : le recul temporel, grâce à un délai de latence post-traumatique de 15 ans nécessaire à la résilience ; l'homogénéité de la population étudiée ; le cumul de deux traumatismes graves, de guerre et migratoire.

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Dans son mémoire de DEA, Catherine s'était interrogée sur les stratégies de ces jeunes pour surmonter leurs traumatismes et s’intégrer dans leur nouveau milieu, ainsi que sur le rôle de leurs familles d’accueil dans la résilience. Sa thèse lui permettra d'approfondir les pistes ouvertes durant cette première année de recherche et de valider les hypothèses concernant les facteurs de résilience. Autre enjeu de cette recherche : définir le lien entre l'attachement précoce qu'ils ont vécu, tout petits, avec leurs mères, et la résilience.

1. Le cadre familial. Les familles bien préparées à l'accueil d'un enfant ont joué un rôle essentiel dans la résorption de son traumatisme.

2. La religion. Facteur inattendu, la pratique religieuse, quelle qu'elle soit, semble avoir aidé les chakmas à "s'en sortir". En effet, elle a fourni à ces bouddhistes pratiquants des points de repère à leur arrivée en France et à ces enfants non-francophones, la possibilité de partager une expérience avec leur famille d’accueil.

3. La créativité. Beaucoup de jeunes chakmas jouent de la musique, peignent, sculptent ou écrivent, autant de moyens d’expression qui favorisent la résilience.

4. L'attitude personnelle. Les jeunes les plus volontaires à leur arrivée en France se sont mieux réapproprié leur destin et semblent plus résilients que les autres.

5. Une communauté d'appartenance. L'amitié avec les autres enfants du groupe chakma a joué un rôle positif dans la résilience.

6. L'altruisme. Ayant laissé les leurs dans la misère et l’insécurité, les chakmas — comme d'autres réfugiés — se sentent souvent coupables d'être en vie, et qui plus est installés dans un pays riche. Ce sentiment les incite à agir pour aider leur communauté, ce qui allège leur "dette" à son égard et leur apporte du réconfort. Au contraire, les jeunes qui ont renié leur identité chakma sont souvent moins résilients.

Popularisé par Boris Cyrulnik, le concept de résilience est à l'origine de nombreuses recherches actuelles. Ses applications pratiques sont précieuses : soutien des réfugiés fuyant des situations difficiles, aide aux enfants traumatisés, formation du personnel engagé dans l'accueil de ces populations… Catherine, qui effectue un stage de psychologue dans un site d'accueil de demandeurs d'asile, à Angers, estime d'ailleurs que "l'intégration est toujours possible, mais qu'il faut un accompagnement afin de régler le traumatisme antérieur à l'arrivée en France et gérer l'exil".

Résilience… définitions

Résilience : capacité à vivre, à se développer, en surmontant les chocs traumatiques, l'adversité.

Boris Cyrulnik : "La résilience définit le ressort de ceux qui, ayant reçu le coup, ont pu le dépasser."

Jacques Lecomte, lauréat d'une Bourse de recherche de la Fondation Mustela en 2001 : "La résilience n'est pas un état, c'est un processus variable lié à l'estime de soi, à la capacité à tisser des liens avec les autres, à donner un sens à son histoire personnelle, à se mettre au service d'autrui, etc."

Catherine Yakovlev : "La capacité, pour un sujet traumatisé, à puiser dans ses ressources internes et, en s'appuyant sur un environnement stable, à lutter contre les conséquences néfastes de son traumatisme. »