Voyage d’étude en Roumanie
L’abandon demeure le problème social majeur de ce pays 
Entretien avec Cristina Vaida-Mézière, l’une des participantes au voyage, ancienne lauréate d’une bourse de la Fondation en 2001 et psychologue titulaire de la protection judiciaire de la jeunesse depuis 2002.
L’abandon des enfants est-il toujours un problème en Roumanie ?
L’abandon demeure le problème social majeur de ce pays. Il revêt différentes formes : l’abandon définitif de l’enfant, avec ou sans déclaration formelle d’abandon, en maternité, en hôpital pédiatrique, en pouponnière, ou tout simplement dans une gare ou la rue ; le placement de l’enfant en institution, sans décision claire sur le caractère provisoire ou définitif de la séparation ; la négligence chronique des parents, qui laissant leur enfant seul afin qu’il obtienne par lui-même sa propre subsistance, sinon la leur. Partis à l’étranger, de nombreux parents laissent leurs enfants derrière eux. Une loi a même été votée récemment pour les obliger à désigner une personne digne de confiance, qui s’en occupe en leur absence. Par ailleurs, les professionnels sont toujours réticents à employer le terme d’abandon. Selon une infirmière rencontrée durant le voyage, les enfants sont simplement « égarés » ou « laissés » par leurs mères durant un ou deux ans. Comme si une séparation précoce et de longue durée n’avait aucun impact sur le développement psychique de l’enfant ! Bref : les effets du totalitarisme sur la parentalité restent sensibles.
Avez-vous constaté des progrès dans la prise en charge des enfants ?
De nombreux programmes de prévention de l’abandon ont été mis en place. Par exemple, nous avons visité une maternité moderne dans laquelle l’allaitement maternel – censé dissuader l’abandon – est obligatoire. Autre amélioration, la formation des professionnels : ils font désormais preuve d’une meilleure capacité d’écoute des jeunes accouchées. Malgré tout, le lien parent-enfant reste fragile. Pour que les comportements changent en profondeur, il faudra sans doute deux à trois générations. Or, en Roumanie pas plus qu’en France, les institutions ne peuvent se substituer totalement aux parents sans que cela n’entraîne des carences affectives chez l’enfant. En même temps, il ne faut pas oublier que, dans certaines situations, le placement de l’enfant s’avère indispensable (maltraitance, psychopathologie d’un ou des deux parents etc.). Mais un soutien des parents et du lien parents-enfant, quand ceci est possible, doit rester à mon sens une priorité.
Que retenez-vous d’autre de ce voyage d’études ?
Au sein du groupe, nous avons eu des échanges très riches, puisqu’il réunissait sages-femmes, infirmières, pédiatres... En outre, nous avons eu l’occasion de visiter des lieux très divers, ce qui nous a donné une bonne idée d’ensemble de la prise en charge de la petite enfance en Roumanie. Dans ce pays en transition, on trouve un mélange de structures très anciennes, à la façon soviétique, et très modernes. Enfin, j’ai été touchée par l’accueil chaleureux et attentionné des professionnels roumains.
