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Catherine Devoldère

 Une place très importante aux professions paramédicales 

Pédiatre, le Dr. Catherine Devoldère est chef du service Pédiatrie-néonatologie du Centre hospitalier d’Abbeville, dans la Somme. Elle est également membre du conseil d'administration de l'association Sparadrap, qui conçoit et diffuse des supports de prévention de la douleur de l'enfant à l'hôpital.

Quel regard portez-vous sur le système de santé au Portugal à la lumière de ce voyage d’études ?

Il est très enrichissant de constater de telles différences dans le système de santé d’un pays aussi proche du nôtre ! Ainsi, le Portugal a réparti sur l’ensemble de son territoire des centres de santé, l’équivalent de nos maisons médicales, réunissant médecins, infirmières et dentistes. Cela permet une bonne prise en charge en amont des centres hospitaliers et contribue au désengorgement des services d’urgences. Les soins y sont gratuits. Il semble toutefois que les consultations sont concentrées en matinée et que l’après-midi, les médecins pratiquent en libéral.

En revanche, au Portugal comme en Angleterre, il n’y a pas de liberté dans le choix du praticien. A chaque médecin est attribué un nombre déterminé de patients. Par conséquent, certaines personnes, suite, par exemple, à un déménagement, n’ont pas de médecin de référence.
Ces difficultés entraînent l’apparition d’une médecine à deux vitesses. Le secteur privé est très développé. La liberté des prix semble y être la règle, sans que des mutuelles couvrent la différence comme c’est souvent le cas en France. Il y a même des familles qui paient un forfait mensuel pour s’assurer le suivi de leur enfant par un pédiatre !

Un autre aspect a attiré mon attention : le mode de délivrance des médicaments. En France, les patients n’avancent en général pas les frais, mais connaissent le coût des médicaments. Au Portugal, on les leur donne directement ! Et je n’ai pas entendu dire à un médecin qu’il fût surveillé quant à ses prescriptions médicamenteuses… Cela m’a paru curieux.

Les méthodes de travail, le statut et les compétences des professionnels portugais sont-ils similaires à ceux des pédiatres français ?

J’ai perçu que la place accordée aux professions paramédicales était très importante. Dans les centres de santé portugais que nous avons visités, les infirmières, les puéricultrices et les sages-femmes donnent des consultations. Cela m’a beaucoup intéressée car dans mon service, au CH d’Abbeville, j’ai mis en place des consultations infirmières pour le suivi en diabétologie, obésité, asthme, migraine et néonatalogie. Or un tel système est délicat, car ce type de consultations n’est pas reconnu en France, et donc pas rémunéré. En revanche, cela est facilement réalisable dans les centres de santé portugais, grâce à un fonctionnement financier tout autre.

S’agissant des pédiatres, leur organisation est très comparable à celle qui existe en France, en dehors du fait qu’ils ont visiblement moins de congés que nous, réduction du temps de travail (RTT) oblige.

En néonatologie, on retrouve un souci similaire de préserver les bébés des nuisances sonores ou lumineuses. L’équipement, le matériel, les structures des services que nous avons visités – néonatologie, réanimation, pédiatrie – me sont familiers. Si je devais travailler au Portugal, je ne serais pas trop dépaysée ! Enfin, j’ai beaucoup apprécié la solution apportée au « syndrome de la blouse blanche » : à Lisbonne, les uniformes blancs sont égayés de motifs empruntés à la faune ou aux dessins animés.

Où en est la prise en charge de la douleur de l’enfant au Portugal ?

Le ministère a élaboré un Plan douleur national, mais l’usage du M.E.O.P.A (mélange équimoléculaire oxygène protoxyde d’azote), un gaz anxiolytique qui réduit la douleur, n’est pas encore généralisé. La situation du Portugal rappelle celle de la France, il y a une quinzaine d’années : le M.E.O.P.A était alors réservé aux services de cancéro-pédiatrie. Depuis, son usage s’est généralisé. Il est vrai qu’en France, la prise en charge de la douleur de l’enfant a une dizaine d’années d’avance sur celle des adultes.

J’ai maintenant le projet de traduire des supports d’information élaborés par l’association Sparadrap pour les envoyer au Portugal. C’est un des legs de ce voyage : rencontrer des professionnels portugais donne envie d’échanger ce qu’il existe de mieux ou de plus novateur dans leurs pratiques et les nôtres, et, au-delà, de chercher l’harmonisation de nos pratiques.