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Relancer la transmission familiale sur l’allaitement maternel, C. Coursaget

Christine Coursaget

Christine Coursaget

Initiatrice de la consultation d’allaitement à l’hôpital des Diaconesses, à Paris, Christine Coursaget est aussi sage-femme libérale, consultante en lactation et formatrice en périnatalité.

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Quelle est la situation de l’allaitement maternel en France aujourd’hui ?

Un retour à la normale est en cours. Durant la seconde moitié du siècle dernier, en raison de plusieurs facteurs liés à la vie des femmes, de l’histoire de l’allaitement en France et des pressions du lobby pharmaceutique en faveur des laits industriels, on a assisté à un recul du désir d’allaiter. Actuellement le nombre de mères désirant allaiter est en hausse (56 % en 2002 contre 46 % en 1995), comme en témoignent les déclarations faites lors du certificat du huitième jour. Malgré cette hausse, on est encore loin des recommandations officielles – six mois d’allaitement maternel exclusif – puisque environ la moitié des bébés sont sevrés au bout de huit semaines. Or tous les résultats scientifiques confirment les bienfaits pour l’enfant de l’allaitement maternel, ce qui en fait un sujet prioritaire en terme de santé publique.

Il y a donc lieu d’être optimiste sur l’avenir de l’allaitement maternel : en témoignent la mobilisation des professionnels, la création de groupes de paroles et de lieux d’accueil maman-bébé, l’intérêt des mères, et aussi, désormais, des pères : tout montre que nous allons dans la bonne direction.

Comment améliorer encore ces résultats ?

Il reste un important effort de formation à fournir au niveau des professionnels de santé, dont ceux-ci sont d’ailleurs conscients, comme le montre le succès du Diplôme Inter-Universitaire (DIU) de Lactation Humaine. Bien souvent, les soignants n’ont pas abordé ces sujets dans le cadre de leurs études, et ignorent même en général les bases de la physiologie de l’allaitement. Mais cela est en train de changer : beaucoup de professionnels titulaires du DIU assurent une formation de base sur l’allaitement dans les écoles de sages-femmes, d’infirmières, d’infirmières puéricultrices et d’auxiliaires de puériculture.

La progression des connaissances sur l’allaitement exige une formation permanente des soignants qui devraient passer la main en cas d’ignorance de leur part. Durant mes premières années de pratique professionnelle, j’expliquais aux mères qu’il fallait donner le sein toutes les trois heures durant dix minutes ! Cette époque est loin. Il n’existe pas de recette ni de chiffre magique concernant le nombre ni la durée des tétées.

Vous insistez beaucoup sur l’accompagnement des mères dans leur démarche d’allaitement. Pourquoi ?

La plupart des femmes que je vois en consultation ont hérité du sentiment de culpabilité de leurs propres mères, qui, avant elles, ont renoncé à allaiter, et n’ont donc bénéficié d’aucune transmission familiale sur ce sujet. Parfois, après un échec pour leur premier enfant, elles accordent une grande importance au succès de l’allaitement de leur second enfant. Elles sont souvent angoissées, en demande de données chiffrées sur lesquelles s’appuyer. Nous devons redonner toute sa place au bon sens, à la confiance en soi.

Celles qui sont mères aujourd’hui se situent à une époque charnière : bien accompagnées, elles pourront relancer la transmission familiale sur l’allaitement auprès de leurs propres filles.

Nous devons aussi veiller au sort des femmes précarisées, et donc être présents, comme professionnels de santé, sur le terrain : faute d’accès à l’information, à un suivi régulier, elles sont à la fois celles qui allaitent le moins et celles qui en ont davantage besoin.

A vos yeux, quel est le plus grand bienfait de l’allaitement maternel pour la mère ?

Bien sûr, l’allaitement change la vie de la mère ; or, dans nos sociétés, la proximité maman/bébé, par exemple la présence du berceau dans la chambre conjugale, effraie. Mais avec le temps, parfois au prix de quelques difficultés, l’allaitement maternel devient un véritable plaisir.