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Ne pas apporter de réponse médicale à un problème social, J. Cheymol

Jacques Cheymol

Jacques Cheymol

Responsable de la commission Santé publique et pédiatrie sociale à la Société française de pédiatrie (SFP), le Dr. Jacques Cheymol exerce comme pédiatre libéral à Clichy, dans les Hauts de Seine. Consultant en pédiatrie préventive de 1978 à 1998 dans ce même département, il a beaucoup travaillé sur les thématiques de santé publique, structurant, entre autres, un réseau de lutte contre l’obésité infantile. Il organise également, à l’hôpital Necker Enfants malades de Paris, une formation médicale continue à l’intention des pédiatres.

Jacques Cheymol représente la SFP au comité scientifique Prix de pédiatrie sociale de la Fondation Mustela. A ce titre, il a à cœur de mieux le faire connaître : « Ce type de prix est moins courant, plus nouveau et donc un peu plus difficile à valoriser que les bourses de recherche ». Rencontre.

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Comment définissez-vous la pédiatrie sociale ?

Outre les aspects somatiques et psychiques, le facteur social est un déterminant de la santé des enfants. Ainsi, la prématurité est influencée par les conditions de travail et l’environnement professionnel de la mère. En outre, les difficultés sociales amplifient la maladie, lui donnent, chez l’enfant, une expression plus grave, moins compensée.

Comment expliquer ce poids des déterminants sociaux dans la santé infantile ?

Les mutations sociales, la réorganisation des familles, ont mis à mal les modes de transmission des savoirs, notamment chez les femmes. A Clichy, par exemple, la population, de composition mixte – ouvriers, cadres – est pour partie issue d’une migration récente de la province française. Les femmes deviennent mères sans avoir tissé de liens sociaux, loin de leur famille. Elles vivent donc leur grossesse, puis la naissance, dans un grand isolement. Ce constat vaut pour les cadres moyens, pas seulement pour les secteurs populaires ou marginalisés.

En outre, il y a une quarantaine d’années, lorsque j’ai débuté mes études, les femmes restaient 15 jours à l’hôpital après l’accouchement.

Aujourd’hui, on les renvoie chez elles au bout de trois jours ! C’est très peu.

Ces mères sont plus facilement déstabilisées, surtout les primipares.

Résultat : une amplification des problèmes et une médicalisation à outrance – y compris des gestes naturels du bébé comme les pleurs et les vomissements. Bien sûr, cela ne signifie pas que les pathologies ne doivent pas être prises en charge, mais on doit veiller à ne pas apporter une réponse uniquement médicale à un problème social.

Quel intérêt le Prix de pédiatrie sociale présente-t-il à vos yeux ?

Le prix de Pédiatrie sociale de la Fondation Mustela constitue d’abord la reconnaissance symbolique accordée à un projet. En outre, il est bien doté financièrement et peut donc apporter le « coup de pouce » nécessaire à la concrétisation d’une initiative. Sont privilégiés les projets qui innovent, qui adoptent une approche sociale de la santé, qui valorisent l’amélioration de la vie des gens au quotidien.

On ne doit pas cesser d’insister sur le poids des déterminants sociaux, car notre société ne veut pas toujours le reconnaître. Ainsi, l’affichage sur les bouteilles de vin du logo alertant les femmes enceintes sur les dangers de l’alcoolisme est le fruit d’une longue lutte. On pourrait dresser un constat similaire pour le surpoids et l’obésité.

Fondateur d’un réseau de lutte contre l’obésité infantile, quel bilan dressez-vous des politiques de santé publique dans ce domaine ?

Ces dernières décennies ont vu une augmentation constante de l’obésité des enfants et des adultes dans notre pays. Les derniers relevés épidémiologiques montrent un ralentissement de cet accroissement, sauf dans les populations précaires. Aujourd’hui, 15 % des enfants de 0 à 18 ans sont en surpoids et 3,5 % sont obèses (mais 5 % en Ile-de-France !). Sur le terrain, en médecine scolaire, en PMI, on constate que plus le diagnostic est précoce, plus la prise en charge est efficace. Il est très difficile de lutter contre l’obésité, chez l’adolescent, après dix ans de maladie !

Si possible, une évolution anormale de la courbe d’IMC [l’Indice de Masse Corporelle, rapport du poids à la taille, permet de mesurer la corpulence, ndlr] doit être dépistée avant l’âge de six ans. Cela exige un suivi d’autant plus régulier que certains enfants, même s’ils restent fins durant leurs premières années d’existence, enregistrent une évolution atypique, très rapide, de leur courbe d’IMC à partir de 3 ou 4 ans, ce qui peut annoncer la survenue d’une obésité infantile d’installation rapide et difficile à combattre.

Un autre enseignement des politiques mises en œuvre ces dernières années est que le message doit être ciblé. S’agissant de l’obésité, les messages adressés à la population dans son ensemble ne touchent pas forcément les plus concernés. Par exemple, les parents des enfants en surpoids n’assistent en général pas aux réunions d’information sur l’équilibre alimentaire. La mobilisation des professionnels sur le terrain doit donc permettre d’identifier et de suivre, en amont, les 15 % d’enfants à risques.