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La consultation transculturelle, M-R. Moro

Marie-Rose Moro, Prix Honorifique 2003

Marie-Rose Moro

Prix Honorifique 2003

"Pour comprendre ou soigner des personnes qui viennent d'ailleurs, ainsi que leurs enfants, il faut plusieurs outils : l'anthropologie pour appréhender l'environnement, et la psychologie ou la psychanalyse pour comprendre l'intérieur de l'être", explique Marie-Rose Moro. "Ces deux disciplines sont obligatoires mais non simultanées. Le complémentarisme respecte les logiques anthropologiques. Par exemple, je ne mets pas la crainte du "mauvais œil" sur le compte d'un délire archaïque, mais je cherche à en comprendre la signification culturelle et je l'intègre, au même titre que d'autres données, à la thérapeutique. Dans la consultation transculturelle, il faut procéder à un décentrage par rapport à soi et analyser les réactions que l'altérité suscite en nous : fascination, rejet, peur…"

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La consultation transculturelle, mieux connue en France sous le nom d'ethnopsychiatrie, "est l'avenir de la clinique", déclare, l'air résolue, une de ses représentantes les plus connues en France, Marie Rose Moro. Cette idée traverse tout son dernier livre, Enfants d'ici venus d'ailleurs, naître et grandir en France, paru aux éditions La Découverte en 2002, qui a reçu le prix honorifique 2003 de la Fondation Mustela.

Marie Rose Moro dirige le service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Avicenne, à Bobigny.* Les motifs de consultation les plus fréquents y sont les échecs ou les difficultés scolaires ainsi que les troubles du comportement, comme le mutisme ou la dépression.

L'ethnopsychiatrie — terme auquel elle préfère celui de clinique transculturelle — a de très beaux jours devant elle, car la demande est forte : "Si on voulait dresser une liste d'attente, nous donnerions des rendez-vous dans un an. Nous préférons diriger les gens vers d'autres équipes ou aider leurs services d'origine à mieux les prendre en charge". Ces consultations ont fourni la matière première du livre : des tranches de vie qui illustrent les difficultés auxquelles se heurtent les enfants de migrants dans la société française. Le réquisitoire contre l'hexagone est assez virulent : à entretenir une trop haute idée de la France, à chérir une conception figée de notre identité, à craindre l'altérité (fantasmée qui plus est), nous nous fourvoyons, s'enflamme Marie Rose Moro. Enfants d'ici venus d'ailleurs a des accents de "révolte", reconnaît-elle, une révolte née "du sentiment de profonde injustice du sort des migrants et de leurs enfants".

Rapporteuse d'une étude aux Nations-Unies sur la situation des enfants en France, Marie Rose Moro a été "frappée par la méconnaissance qu'ont les hommes politiques des conditions d'existence des migrants, persuadés qu'ils sont que notre société n'est pas multiculturelle, qu'elle ne connaît pas de problème d'intégration". Or ces convictions ne sont pas tenables, selon elle : "Avec l'arrivée des migrants, le lien social change nécessairement. Nous devons nous transformer ! Cette idée pourtant simple est toujours révolutionnaire." Aussi la société française se fourvoie-t-elle dans des idées absurdes qui sont autant d'entraves à l'intégration des jeunes migrants. Par exemple, on martèle que les enfants apprennent mieux le français s'ils ne pratiquent que cette langue : "Aberration !", s'exclame Marie Rose Moro. "Un migrant ne pourra bien apprendre l'idiome de son pays d'accueil que s'il maîtrise parfaitement sa langue maternelle. Loin d'être un handicap, le bilinguisme est un atout cognitif et scolaire. N'oublions pas qu'à l'échelle de la planète, le monolinguisme est une exception : quelque 70 % des enfants au monde sont bilingues."

Marie Rose Moro est passionnément engagée dans son époque. Avec ses fonctions multiples, elle adhère à un temps qui valorise la pluralité des compétences : pédopsychiatre, psychanalyste, chef de service à l'hôpital Avicenne, professeur de médecine à l'université Paris XIII, directrice d’un laboratoire de recherche, chargée de mission à Médecins sans frontières (MSF), directrice d'une revue transculturelle, L'autre, qui paraît trois fois l’an et s'intéresse aux métissages. A l'heure de la mondialisation honnie ou vénérée, elle aime par dessus tout le mot d'altérité. Tout en elle manifeste sa passion de l'autre : son engagement à MSF, qui l'a conduite d'Afghanistan, pour une première mission, en 1989, aux côtés des réfugiés fuyant l'avancée soviétique, jusqu'en Sierra Leone, près des martyrs des guerres fratricides. La voie professionnelle qu'elle a choisie la dirige sans cesse vers l'autre. Ses convictions, aussi : "Le métissage est la grande aventure de demain. Les enfants de migrants nous montrent la voie."

*Site Internet : www.clinique-transculturelle.org

Définitions Altérité : du latin ALTER, fait d'être un autre, caractère de ce qui est autre. "L'altérité est le concept le plus antipathique au "bon sens", Roland Barthes. "Je est un autre", Arthur Rimbaud. Contraire : identité.
Transculturel : qui concerne les relations entre cultures différentes.