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Etre maman ou papa pour la première fois, N. Coulon

Nathalie Coulon, Prix recherche-action 2007

Nathalie Coulon

Prix recherche-action 2007

Docteur en psychologie, Nathalie Coulon est Maître de conférences à l’université Charles-de-Gaulle Lille III. Elle participe au programme « Etre maman ou papa pour la première fois », dans le Pas-de-Calais, qui propose un soutien aux familles dès la grossesse, sous forme d’une série d’entretiens avant et après la naissance avec des professionnels de la protection maternelle et infantile (PMI) : sages-femmes, puéricultrices, médecins, psychologues. Elle est la première lauréate du prix de recherche-action lancé par la Fondation Mustela en 2007.

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Comment ce programme est-il né ?

Conçu en 2001 en partenariat avec la Direction de la PMI comme un projet de recherche-action, il vise à créer des outils et un protocole d’accompagnement des nouveaux parents. Ainsi, des bandes dessinées les aident à prendre conscience des émotions provoquées par l’arrivée d’un nouveau-né et les rassurent : il est normal d’avoir des sentiments ambivalents, d’aimer son enfant tout en étant parfois excédé ! Nous n’écartons aucun sujet : évolution des relations avec le (la) conjointe(e) à l’arrivée du premier enfant, impact sur la sexualité, perception par le père et la mère du soutien offert par les proches… Et nous essayons de positiver ce qui semble difficile : par exemple, les soins quotidiens, parfois pénibles ou répétitifs, sont aussi l’occasion de faire naître des routines interactives importantes pour le développement de l’enfant.

Une de vos bandes dessinées s’intitule : « pas facile, le métier de parent ». Pourquoi ?

On a pu comparer l’expérience de la maternité à celle de l’épuisement professionnel : le fameux burn-out anglo-saxon. Cependant, il reste difficile d’exprimer des émotions négatives auprès des professionnels de santé, car l’accueil des parents est devenu routinier. En outre, pour les femmes, le rôle de la maternité est survalorisé au niveau social. On a donc toujours peur d’être jugée mauvaise mère et, au bas de l’échelle sociale, là où le contrôle social s’exerce le plus étroitement, on redoute même de se voir retirer l’enfant. Dans le cadre de notre programme, nous avons proposé des entretiens aux femmes ne travaillant pas, en attente de leur premier enfant. Nous avons été étonnés par leur taux d’acceptation : supérieur à 70 % ! C’est dire qu’un réel besoin existe. Quant aux pères, ils hésitent encore à s’engager pleinement dans leur rôle parental.

Le partage des tâches avec le père n’a-t-il pas amélioré le vécu de la parentalité ?

En réalité, la charge mentale des soins repose encore largement sur les mères : le « nouveau père » reste un mythe. En termes sociaux, une femme est davantage définie comme une mère qu’un homme comme un père. Hors postes de direction, le réseau de la petite enfance reste d’ailleurs dominé par des professionnels de sexe féminin. Certains sujets importants demeurent tabous, comme la violence conjugale ou l’utilité réelle du conjoint, soi-disant indispensable au « défusionnement » de l’enfant et la mère, et donc à son épanouissement, sans que cela soit confirmé par les faits.

Quel prolongement de votre programme le soutien de la Fondation Mustela vous permettra-t-il de mener à bien ?

Nous voulons évaluer l’impact du programme sur le vécu de la parentalité et des relations de couple par comparaison à des groupes témoins. A priori, cet impact est positif : les mères apprécient beaucoup l’accompagnement qui leur est proposé et l’implication des pères semble avoir progressé. Pour les familles suivies, un père sur deux accepte d’ailleurs de participer à l’enquête. Mais il nous faut préciser ces connaissances en poursuivant notre recherche-action.
Pour des raisons d’organisation, nous avons seulement pu intégrer, au départ, des femmes ne travaillant pas. Mais pour évaluer l’impact d’informations envoyées lors de la grossesse à de futurs parents exerçant une activité professionnelle (environ 330 foyers), nous souhaitons également constituer un groupe-témoin de femmes et d’hommes qui travaillent, grâce à un suivi sous forme de questionnaires envoyés par correspondance. Les premiers résultats de la seconde phase sont très encourageants : pour le moment un tiers des foyers contactés nous renvoie le questionnaire dûment complété par les deux parents!

Quelle sera l’utilité pratique de cette recherche-action ?

Les parents s’attendent rarement aux difficultés qu’ils rencontrent et à la diminution de la qualité de vie dont ils souffrent à l’arrivée du premier enfant. Or, pour soutenir une mère ou un père en difficulté, mieux vaut essayer d’agir sur le contexte d’exercice de la parentalité plutôt que se focaliser uniquement sur de soi-disant « difficultés psychiques parentales». En effet, on peut toujours agir sur l’environnement, par exemple en sensibilisant les professionnels de la petite enfance aux enjeux d’une parentalité sereine. L’importance accordée à l’accompagnement précoce, psychologique et social, dans le cadre du dernier Plan périnatalité, montre d’ailleurs que les professionnels en ont désormais bien mesuré les enjeux. Notre but est de créer les conditions favorables à un développement sain de l’enfant et de sa famille sur les plans physique, psychique et social. Nous mettons l’accent sur le sentiment de compétence et nous inspirons de la devise suivante : « Maman, Papa, grandissons ensemble ! ».