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Alimentation : une « autre manière » de sensibiliser, Florence Guidani-Romain

Florence Guidani-Romain, Prix de Pédiatrie Sociale 2009

Florence Guidani-Romain

Prix de Pédiatrie Sociale 2009

Créé en 2006 en partenariat avec la Société française de pédiatrie (SFP), le prix de Pédiatrie sociale de la Fondation Mustela vise à soutenir un projet qui œuvre à la « bientraitance » de l’enfant et de sa famille. Il peut être attribué à une équipe ou un professionnel : pédiatre, médecin de PMI, médecin scolaire ou de crèche. Le bilan de l’action lauréate est présenté chaque année, à l’occasion du congrès de la SFP, en juin. En 2009, c’est le Dr. Florence Guidani-Romain, médecin de PMI à Jassans-Riottier (département de l’Ain), qui a été primée pour son projet de sensibilisation des parents et des professionnels aux interactions entre les rythmes de vie de l’enfant, son développement, l’équilibre familial et l’intégration sociale.

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Ce projet se déploie dans le cadre de la PMI de l’Ain Côtière-Val de Saône, qui couvre un vaste secteur géographique limitrophe des banlieues lyonnaises, mélange de zones semi-rurales et de « cités dortoirs ». La configuration socioculturelle y est complexe, car une partie significative de la population, d’immigration récente ou de seconde génération, vient du Maghreb, de Turquie et d’Europe de l’Est, notamment des demandeurs d’asile du Kosovo ; une minorité provient également du Rwanda.

Dans un premier temps, les deux cantons de Trévoux et Montluel sont ciblés : l’équipe estime que seize pour cent des 1700 enfants de 3 à 5 ans sont concernés par des troubles du rythme de vie (alimentation, sommeil…) ou/et un excès pondéral.

Messages inaudibles

Le constat est que les mesures classiques, telles que la campagne du PNNS, ne touchent pas toutes les populations : « Leur effet a été bénéfique sur les populations favorisées, mais l’obésité continue de croître dans les familles défavorisées », explique Florence Guidani-Romain. Nutritionniste, Charlotte Goebel est directrice adjointe de l’Association départementale d’éducation sanitaire et sociale de l’Ain (Adessa), le relais privilégié de l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) dans le département. Sur le terrain, dans les écoles notamment, elle a constaté « qu’à partir du CE1, voire avant, tous les enfants connaissent par cœur les messages diffusés par l’INPES à la télévision, comme ‘on ne mange pas trop sucré’ ». Malheureusement « ils sont davantage séduits par le marketing agro-industriel sur les nouveaux desserts ! »

A cela s’ajoute « le regard de l’autre ». S’alimenter de chips et de boissons sucrées est plus valorisé que boire de l’eau et manger une pomme ! « En ce sens, l’alimentation, comme l’apparence vestimentaire, obéit aussi à un paramètre social », souligne Charlotte Goebel. Enfin il existe un phénomène de compensation, constate le Dr Guidani-Romain : « Les sucreries, les sodas, les barres de céréales et les produits chocolatés sont conçus comme des plaisirs financièrement à la portée de tous, qui compensent les autres plaisirs qu’on ne peut offrir ».

Variables culturelles

Les réalités socioéconomiques sont, pour commencer, une contrainte lourde. Associée au projet comme intervenante extérieure, Charlotte Goebel explique : « Dans le quartier, les logements sont exigus, et les activités sportives rares, aussi les possibilités de se dépenser sont-elles limitées ». En outre, vu les faibles moyens dont disposent les familles, les fruits et légumes frais apparaissent souvent comme une option coûteuse.

Ensuite, « les variables culturelles jouent un rôle important », explique le Dr. Guidani-Romain, la porteuse du projet. « Ainsi, certains parents ne peuvent pas, culturellement ni psychologiquement, laisser pleurer ni dormir seul un jeune enfant, ce qui entraîne souvent des problèmes de sommeil (coucher tardif, réveil nocturne) et de limites éducatives », ajoute-t-elle, « les enfants restent donc dans un besoin de satisfaction immédiate ». Les représentations de la minceur, du surpoids, du corps bien portant, les notions de rythme scolaire et alimentaire sont également différentes, comme l’illustrent les couchers tardifs le week-end et parfois même en semaine, le grignotage toute la journée, voire la nuit, dès que l’enfant ressent une sensation de faim, la disponibilité physique des aliments…

Une autre manière

Ces deux professionnelles, et avec elles, l’équipe de PMI, ont donc décidé de chercher « une autre manière de sensibiliser » les parents : des rencontres mensuelles, dans les quartiers concernés, en petit comité (10 à 15 participantes), autour d’un dialogue ouvert, animé par une spécialiste. Une série de douze ateliers « rythmes de vie des enfants » sera ainsi organisée entre janvier et juin 2010, soit une rencontre mensuelle sur chacun des deux cantons visés, Montluel et Trévoux. Cette action s’achèvera en juin 2011 ; si son évaluation est positive, le conseil général de l’Ain la prolongera.

C’est ce projet que soutient, en 2010, la Fondation Mustela. Il est porté par le Dr. Guidani-Romain bien sûr, ainsi que les sept puéricultrices et deux autres médecins de la PMI agissant sur le secteur concerné. Rompus à ce genre d’exercice, des intervenants extérieurs, issus de l’Adessa, ont la charge de leur animation. L’objectif est également de mobiliser les partenaires de la médecine territoriale autour de ce thème, individus et institutions : assistante sociale, médecin scolaire, instituteur, centre social, halte-garderie, restauration scolaire… Cela doit permettre d’adapter les pratiques professionnelles aux différentes populations et d’élargir le recrutement des parents de la manière la plus large possible.

Première rencontre

Ce vendredi 5 février au matin, la première rencontre a lieu à la PMI de Montluel, dans le quartier de La Maladière, initialement réservé à des logements sociaux et où, depuis peu, ont été construits des logements destinés à des personnes moins défavorisées. C’est Charlotte Goebel, la directrice adjointe de l’Adessa, qui en a la charge. Elle accroche des affiches d’information, dispose les aliments prévus pour le petit-déjeuner, ordonne les chaises, aligne les brochures d’information, aménage l’espace, puis accueille avec chaleur les participantes aux côtés d’autres membres de la PMI : « Il faut mettre les gens en confiance, car l’alimentation touche à l’intimité des gens, aux rapports entre parents et enfants. Aujourd’hui, nous commencerons donc par aborder les idées reçues sur le sujet », explique Charlotte Goebel.

Dehors tombe une pluie battante. Seul un petit nombre de femmes – et aucun homme – s’est donc déplacé pour assister à cette toute première réunion : « Notre gros travail, c’est de convaincre les parents de venir », reconnaît d’ailleurs Florence Guidani-Romain.

Compote ou salade de fruits ?

La rencontre débute par une discussion informelle, durant laquelle chacune rapporte des anecdotes personnelles. Charlotte Goebel propose ensuite un jeu de devinettes. Première volontaire, première question : « Mieux vaut-il manger une compote ou une salade de fruits ? » « Oh, la colle ! », s’exclame une femme. « Mmmhhh… ça dépend », dit une autre, « c’est une compote faite maison ? » Du débat qui s’engage alors, l’animatrice fait ressortir le contenu riche en calories des sucres industriels ajoutés. Au passage, d’autres « trucs » techniques sont abordés : le repérage des « vrais » jus d’orange sur un rayon de supermarché, la composition des nectars de fruits et du Nutella (de la matière grasse à l’état pur, en dehors de 3 % de chocolat et de 2 % de noisettes !), la conservation des vitamines dans les aliments surgelés, les avantages des différents modes de cuisson…

En effet, les habitudes alimentaires s’accompagnent souvent d’une méconnaissance de leurs aspects nutritionnels : « En général, il y a un déficit en fruits et légumes et en produits laitiers », explique Charlotte Goebel. « Bien souvent, par exemple, les crèmes laitières ne contiennent pas de lait, et donc pas de calcium, mais les gens l’ignorent ».

L’animatrice aide également les participantes à prendre conscience que bien s’alimenter peut être facile et bon marché : « Nous les encourageons à revenir aux produits naturels, simples, par exemple la tranche de pain avec deux carrés de chocolat. Et nous partageons nos ‘trucs’ pour inciter les enfants à mieux manger, comme leur proposer des fruits en compote (maison) ou sous forme de brochette ».