Les répercussions psychiques maternelles suite à l’annonce d’une anomalie visible, D. Merg

Dominique Merg
Prix mention spéciale 2003
Petit guide pour la pratique professionnelle extrait des travaux de Dominique Merg sur « les répercussions psychiques maternelles suite à l’annonce d’une anomalie visible. Contribution de la périnatalité à l’inquiétante étrangeté ». Thèse pour laquelle Dominique Merg a reçu un Prix mention spéciale en 2003.
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Présentation du guide
Ce guide vise à fournir des éléments susceptibles d’apporter une aide au personnel médical confronté à l’annonce d’une anomalie dépistée à l’échographie. L’objectif est double :
- Permettre aux professionnels de mieux comprendre les répercussions possibles chez les mères de l’annonce d’une anomalie,
- Suggérer des lignes de conduite pour aménager l’annonce d’une pathologie de l’enfant.
L’analyse qui nous permet de dégager des pistes pour proposer quelques lignes de conduite destinées à améliorer les pratiques est issue du travail de la thèse de Doctorat en psychologie « Les répercussions psychiques maternelles suite à l’annonce d’une anomalie visible. Contribution de la périnatalité à l’inquiétante étrangeté. » (Merg, 2001). Nous livrons ici des fragments d’études de cas et d’observations menées dans les Services d’Echographie des HUS entre 1966 et 1999.
Dans le cadre de ce guide destiné aux professionnels nous tâchons de dégager l’incidence potentielle des attitudes du personnel médical sur les réactions parentales dans le souci de réfléchir sur les pratiques.
Les données cliniques
Nos résultats ont été obtenus à partir :
- D’une enquête multicentrique auprès de professionnels sur les pratiques en cours lors du dépistage d’une anomalie à l’échographie, et de la prise en charge proposée aux parents et à l’enfant.
- D’entretiens semi-directifs auprès de mères concernées par un diagnostic d’anomalie anténatal ou à la naissance. Le critère d’inclusion est une affection de l’apparence du corps de l’enfant sans atteinte neurologique ni vitale associée, indifféremment de son étiologie et de son mode de résolution.
Le recueil des données s’est déroulé au Service d’Echographie du Département de l’Hôpital de Hautepierre et à celui de l’Hôpital Civil entre 1996 et 1999. Nous avons sollicité : - En prospectif : l’ensemble des mères pour qui un diagnostic d’anomalie a pu être réalisé à l’échographie et celles pour qui la découverte a été faite à la naissance durant la période de l’étude;
- En rétrospectif : des mères d’enfants porteurs d’anomalies similaires dont l’expérience était plus ancienne.
Sur 12 mères confrontées à un diagnostic d’anomalie à l’échographie, 3 ont refusé de participer à un entretien. Nous avons pu rencontrer, pour des entretiens de recherche, 9 mères dès le diagnostic échographique, et 4 autres pour qui la découverte de l’anomalie a été faite à la naissance sur cette période au service de Gynécologie-Obstétrique II. En rétrospectif 8 mères dont l’expérience était plus ancienne ont accepté de participer à un entretien. Notre recherche se base sur 21 études de cas au total.
Quelques résultats
Les résultats sont présentés ici à travers de vignettes cliniques ou d’exemples. Partir du terrain nous permet d’interroger les modes d’action des professionnels et de réaction des parents.
Nous allons commenter les réactions parentales au cours de moments repérés comme essentiels lors d’une annonce d’anomalie visible à l’échographie pour dégager des propositions pratiques plus générales. Nous insisterons sur trois points : les différents moments de l’information, son contenu, et les relations établies par les parents suite à l’annonce d’une anomalie dépistée à l’échographie.
Les différents moments de l’information
- Délivrer un diagnostic sans s’appuyer sur des éléments déjà évoqués renforce la sidération des parents
Prenons le cas de Madame L. pour laquelle l’annonce a été brutale lors de l’échographie pratiquée au CHU après un premier dépistage par son médecin traitant.
Madame L. est adressée au service de gynécologie obstétrique du Centre Hospitalier Universitaire quinze jours avant la date présumée d’accouchement pour « bilan pré accouchement » et « échographie de contrôle ». Elle se rend en surveillance intensive de grossesse avec son conjoint. Une enveloppe cachetée, délivrée par son gynécologue, est remise à la sage-femme. L’ordonnance du gynécologue mentionne une suspicion de fente labiale.
Lors de l’accueil pour l’examen échographique la sage-femme échographiste, informée de la suspicion par sa collègue, ne demande pas aux futurs parents ce qu’ils avaient déjà eu comme information par leur médecin au sujet de l’enfant. De but en blanc elle annonce le diagnostic de fente labiale au cours de l’examen aux parents.
Sous le choc d’une telle information, ceux-ci ne parviennent à formuler aucune question.
Les parents sont à nouveau orientés vers la sage-femme de surveillance de grossesse. Celle-ci repère l’état de panique des parents. Prise par le temps de sa consultation et démunie face à l’expression de leur souffrance, elle s’empresse de leur prendre un rendez-vous avec le chirurgien pour la semaine suivante et demande à l’interne de donner des explications aux parents dans l’heure qui suit l’annonce.
Or l’accouchement aura lieu dans les 48 heures, sans que les parents n’aient eu le temps d’intégrer l’information. Le psychisme était débordé et l’enfant est né alors que les deux parents étaient encore sous le choc de l’annonce, incapables de réagir au deuxième choc qui a été le transfert du nouveau-né en Service de Néonatologie.
Cette étude de cas met en évidence le manque d’un temps préparatoire à cette information. Il nous paraît souhaitable d’aménager un temps préalable à l’annonce au lieu de la coupler en temps réel à l’examen.
Sur le plan pratique, il semble évident de délivrer le diagnostic médical de l’affection fœtale dès le moment où il peut être affirmé. En théorie délivrer des éléments de manière progressive est cependant préférable à l’intégration psychique. Comment un temps de latence avant l’annonce pourrait-il être compatible avec un examen pour lequel il est possible de donner une interprétation instantanée?
La situation d’un examen échographique pratiqué par une sage-femme, non habilitée à délivrer le diagnostic, devrait de fait imposer le temps de latence souhaitable. Nous pouvons supposer que le respect du délai nécessaire à l’appel du médecin ou la prise d’un nouveau rendez-vous avec les parents offre un temps supplémentaire entre l’examen et l’annonce. De même le temps nécessaire à la confirmation diagnostic par un confrère impose de donner les informations en plusieurs temps.
Les recommandations officielles de confirmation d’un diagnostic par un confrère et la demande parentale d’une confirmation d’un diagnostic par un deuxième avis nous ont conduite à interroger les professionnels sur les avantages et inconvénients de l’organisation de la consultation à deux échographistes dans la gestion des différents moments de l’annonce.
Nous avons interrogé le point de vue des sages-femmes et des médecins rencontrés au cours de notre enquête sur la possibilité de se référer à un confrère, voire d’organiser la consultation échographique en binôme.
Le travail en binôme est perçu par les sages-femmes comme : formateur, positif pour confirmer un diagnostic mais souvent gênant pour la relation envers la patiente. Les médecins, plus soucieux des implications médico-légales d’un défaut d’information, voient dans la présence d’un confrère ou d’une sage-femme un témoin de l’annonce. La relation duelle praticien/femme enceinte est cependant souvent citée comme essentielle.
Dans l’état actuel des pratiques, de nombreux professionnels craignent une incidence négative du travail en binôme sur la relation entre le soignant et le patient. Cet a priori peut être un frein au séquençage d’un temps spécifique de l’annonce, distinct de celui de l’examen.
- Une étape d’incertitude permet à la mère de « se préparer à l’idée »
Madame P., en évoquant les effets de l’annonce du diagnostic d’omphalocèle de son enfant, rapporte les paroles de la sage-femme : « il est difficile de voir avec précision le devant du corps, et il est préférable de revenir faire une échographie ».
Le doute induit par ces paroles a permis à la mère de se préparer à l’éventualité d’une anomalie. La prescription d’un contrôle échographique sur une partie du corps difficilement visible lors de cet examen l’a alertée sur la probabilité d’une anomalie. Suite à l’incertitude induite par les précautions de la sage-femme elle a pris ses dispositions et s’est organisée pour revenir accompagnée de son conjoint.
- Délivrer un diagnostic peu avant la naissance ne laisse pas de temps d’élaboration psychique.
Nous avons pu constater une difficulté plus grande à surmonter le choc de l’annonce, à engager un travail psychique, lorsque le diagnostic d’anomalie est délivré peu avant la naissance.
Madame L. a appris à l’échographie quinze jours avant la date présumée d’accouchement que son enfant était porteur d’une fente labiale. Les contractions se sont déclenchées spontanément dans les 24 heures suivant le diagnostic. Le travail a été long et très douloureux pour cette mère. Elle est convaincue que le choc de l’annonce a provoqué le début des contractions utérines.
Nous pouvons penser que la douleur ressentie est devenue un support à l’expression de sa peine et s’est ainsi amplifiée. Cette mère était encore dans un temps de sidération. L’annonce a agit comme une effraction, imposant une réalité inassimilable. Cette effraction n’a pas pu être symbolisée, le diagnostic de l’anomalie était irreprésentable. Non seulement elle n’a pas eu le temps d’intégrer l’événement, mais de plus sa représentation de l’anomalie n’a pas pu être reprise en amont. Personne ne s’était enquis de savoir ce qu’elle avait retenu des informations délivrées le jour du diagnostic.
Ce n’est qu’a posteriori, à l’occasion de notre rencontre en salle de travail, que Madame L. s’est remémoré les paroles de son médecin traitant, responsable du suivi de grossesse : « le côté droit de la face n’est pas visible et il existe une probabilité sur 500 de fente labiale ». Cette future mère ne s’était pas sentie concernée par cette éventualité. Elle se dit reconnaissante à l’égard de son médecin de lui avoir épargné la brutalité d’un diagnostic à l’échographie, convaincue qu’une annonce plus précoce de l’anomalie aurait provoqué les contractions utérines et par conséquent un accouchement prématuré. Pour preuve elle met en relation la connaissance du diagnostic et le début de ses contractions utérines dans les 24 heures suivant.
Cependant les paroles de son médecin lui permettent de réélaborer l’histoire de ce diagnostic. En se remémorant que son médecin l’avait avertie d’une absence de visibilité de la face de l’enfant au moment de l’examen elle reconstruit l’historique de ce diagnostic. Les termes précis concernant la probabilité statistique d’une fente labiale lui reviennent à la mémoire. Ce jour là, entièrement à son projet d’enfant imaginaire, elle n’a pas voulu entendre ces phrases comme destinées à la préparer à l’idée. Elle a préféré, inconsciemment, s’épargner d’une inquiétude, et ne pas se sentir visée par la possibilité d’une anomalie de la face chez son enfant à venir. La possibilité lui a été offerte de prendre l’information comme une étape dans son travail d’acceptation. Elle s’est préservée elle-même, et se dit reconnaissante envers son médecin de ne pas avoir insisté pour lui faire prendre conscience dès cet examen du cinquième mois qu’il pouvait y avoir une anomalie.
Concernant la brutalité avec laquelle l’annonce lui a été délivrée au moment de l’examen de contrôle à 38 SA, Madame L. dit que « la sage-femme ne pouvait pas faire autrement ». Selon elle, « il était préférable de ne pas tourner autour du pot ».
Cette mère n’ayant pas connu d’autre alternative pense que c’était la meilleure solution. Cependant elle n’a pas pu mettre en œuvre ses défenses comme elle l’avait fait lors de l’annonce indirecte par son médecin traitant d’une suspicion de fente labiale. Il aurait probablement été nécessaire d’accompagner la révélation du diagnostic.
La mère était encore sous le choc de l’annonce lorsque le travail s’est déclenché. La naissance est survenue avant que le travail psychique d’intégration de l’événement n’ait pu se réaliser. Le délai court entre le moment de l’information et l’annonce de l’anomalie n’a pas permis à cette future mère d’intégrer l’information.
Le contenu de l’information
- L’information donnée par le médecin consiste en une description anatomique là où de futurs parents s’interrogent sur les conséquences concrètes de l’anomalie
Les parents acceptent qu’il y ait des doutes mais dès lors qu’une information a été retenue ou déformée, la confiance se perd confiance. De plus une information erronée ou imprécise accentue la perte de repères.
Dans la situation d’une explication en urgence la description par le médecin référent de la consultation de surveillance de grossesse de la fente labiale comme « non-fermeture anatomique » a évoqué chez les futurs parents l’idée d’une plaie béante et sanguinolente et la souffrance de l’enfant in utero. Or suite à l’annonce les futurs parents avaient souhaité connaître les modalités pratiques inhérentes à la fente labiale. Le rendez-vous avec le chirurgien a pu être pris, mais l’accouchement a eu lieu le week-end entre l’annonce et ce rendez-vous.
De plus, le nouveau-né a été hospitalisé en Service de Néonatalogie, situation qui n’avait pas été envisagée lors des informations données par l’obstétricien et par la sage-femme au sujet de la fente labiale. Cette hospitalisation imprévue, dont l’indication n’est pas argumentée, participe à la perte de repère des parents.
De manière générale, les parents sont en attente d’informations pratiques dans un premier temps.
Les échographistes rencontrés au cours de nos observations donnent plus d’informations sur la description anatomique de l’anomalie que sur les conséquences pratiques de l’affection de l’enfant à la naissance.
La formation du personnel médical, la façon dont il a eu connaissance de l’anomalie en question répond probablement de cette manière d’appréhender les choses.
Dans le protocole de prise en charge des parents, un rendez-vous avec le chirurgien spécialiste de l’affection fœtale est proposé pour répondre aux diverses questions qui se posent. Ce spécialiste est amené à recueillir l’angoisse de parents et à réagir à leurs inquiétudes. Certains recentrent leur intervention sur les aspects organiques de la prise en charge, d’autres tâchent d’entendre la problématique sous jacente des parents et d’apporter leur empathie, leur soutien, dans les limites de leurs disponibilités et de leur formation en sciences humaines.
La confiance accordée par les parents peut s’inscrire soit dans la globalité de l’approche du médecin, soit dans la circonspection de son champ de compétences attendues. La satisfaction des parents est directement liée à l’importance accordée à des aspects plus rationnels ou, au contraire, plus subjectifs. Ils apprécient que le médecin se situe sur leur registre pour leur parler.
L’impératif pour les parents est de connaître les implications de la prise en charge médicale de l’affection de l’enfant dans l’immédiat et également ultérieurement.
- Une séparation mère-enfant non anticipée et non justifiée est très mal perçue.
Les mères sont en attente de précisions sur la nécessité d’une hospitalisation de l’enfant, sur les aménagements de la vie quotidienne et de l’organisation familiale à prévoir.
Dans le cas de l’enfant L., hospitalisé dès sa naissance, la séparation non anticipée a non seulement amplifié la blessure des parents, mais aussi entravé la confiance en l’équipe soignante.
Très rapidement, la mère s’est renseignée sur les pratiques habituelles dans d’autres centres hospitaliers.
Lorsqu’elle a eu connaissance de l’expérience de parents pour qui la naissance dans un Centre Hospitalier Régional (CHR) n’a pas nécessité la séparation de l’enfant, elle a eu le sentiment que la prise en charge n’a pas été adaptée dans son cas.
En effet, la pose d’une orthèse en silicone chez son enfant avait été invoquée pour justifier l’hospitalisation dans le service de Néonatologie au CHU, tandis que la pose d’une orthèse similaire a été pratiquée au CHR sans nécessiter un transfert de l’enfant. Madame L. s’est sentie trahie, car elle garde le sentiment que cette souffrance supplémentaire, l’hospitalisation du nouveau-né, aurait pu lui être épargnée.
- Donner une information approximative pour ne pas inquiéter peut accentuer une perte de repères.
Une mère, Madame O, à qui l’on a parlé de hernie pour une omphalocèle lors du diagnostic à l’échographie s’est trouvé particulièrement désemparée au moment de la naissance. Elle a appris dans le même temps : qu’il s’agissait d’une omphalocèle, donc d’une malformation plus conséquente, la nécessité d’une hospitalisation de l’enfant, et celle de pratiquer une césarienne du fait de cette anomalie.
- La présence d’un deuxième médecin au moment de l’annonce a toujours un effet positif.
Lorsque l’échographiste sollicite un avis les parents apprécient la mobilisation des professionnels pour délivrer une information la plus exacte possible. Souvent, cela leur permet également de mobiliser leur propre attention aux objectifs de l’examen du point de vue médical, à un moment où, pour eux, les images sur l’écran sont un support à leurs rêves et à leurs projections.
Les relations établies par les parents après une annonce
- Parler avec quelqu’un de ses représentations de l’anomalie est apaisant : quel sera l’interlocuteur privilégié ?
Le spécialiste de l’affection fœtale est perçu comme un soutien psychologique plus que comme un expert en sa spécialité. Interlocuteur privilégié dans une situation d’anomalie de l’enfant, il apparaît dans le discours comme un repère, une référence sur qui les parents peuvent compter. Les rendez-vous avec le spécialiste sont décrits comme des étapes salvatrices qui nourrissent l’espoir des parents et ponctuent leurs parcours une fois que l’enfant est né.
Cependant, les affres des sentiments ambivalents et du rejet éprouvé à l’encontre du fœtus porteur d’une pathologie ont rarement l’occasion d’être exprimés en anténatal.
Certains parents ont pu exprimer leurs émotions avec un pédiatre et être rassurés sur le caractère normal de ces sentiments hostiles, d’autres conservent une rancœur à l’égard de leur enfant. Il est essentiel d’offrir un espace pour que les parents puissent dire leurs doutes.
- L’enfant porteur d’une anomalie peut devenir porte-parole d’une cause à défendre.
L’exemple qui suit est révélateur. Une mère en défendant l’intégration de son fils porteur d’une fente labiale se « sert » également de lui pour régler ses comptes et se mettre en valeur.
Madame M. qui a bénéficié de l’accompagnement d’une équipe pluridisciplinaire dans un centre hospitalier extérieur aux HUS insiste sur le rôle majeur des rencontres avec le psychologue.
La fente labiale de son deuxième fils arrivait dans un climat de rupture conjugale et a pris le relais des éléments déclencheurs de la crise du couple. Les difficultés semblaient se cristalliser autour de ce diagnostic avant la naissance d’une anomalie alors qu’elles étaient déjà présentes.
Madame M. a mené un véritable combat pour l’acceptation de cette malformation par elle-même et par les autres. Son investissement pour la cause de cet enfant a été également l’occasion d’une valorisation d’elle-même. De plus, sa lutte pour accepter de devenir mère d’un enfant porteur d’une fente labiale l’a renvoyée à son histoire personnelle par la relation envers l’une de ses sœurs.
En effet, sa sœur aînée est née affligée d’un visage ingrat et a été exclue de la vie sociale du fait de la volonté des parents de lui épargner la confrontation avec le regard des autres. Cette jeune fille au visage ingrat, recluse dans un pensionnat, n’a pas eu de relation avec ses deux jeunes sœurs. Madame M. attribue le caractère aigri de l’aînée à l’attitude discriminatoire des parents, faute qu’elle ne souhaite pas répéter.
L’histoire n’est cependant pas si simple, et tout n’est pas aussi positif que cela peut paraître. Le fils porteur d’une fente labiale de Madame M. est devenu le fleuron d’une lutte militante où Madame M. se valorise en faveur de la cause des exclus.
- Se retrouver avec d’autres parents concernés par une anomalie similaire donne le sentiment de partager une difficulté commune :
- Ces rencontres permettent un partage d’expérience, la reconnaissance d’une blessure parentale, d’une période de rejet et déculpabilisent les futurs parents d’éprouver ce rejet.
- Lorsque les grands-parents imposent leur avis pour inciter le couple à l’avortement suite au diagnostic d’anomalie visible, rencontrer d’autres parents peut aider à relativiser l’implication d’une anomalie pour l’enfant.
- Le discours des parents témoins, la proposition de montrer l’album photo permet aux futurs parents de se projeter dans une image de parents.
- La photographie d’un enfant opéré en situation quotidienne dans sa famille permet au couple de se projeter en tant que futurs parents, et n’a pas la même connotation que le cliché d’un enfant anonyme après opération.
- La planche médicale peut fixer une approche morbide de l’anomalie si elle n’est pas accompagnée de pistes symboliques d’humanisation de la situation.
- La présentation de l’enfant n’est pas l’objectif majeur. Au contraire, envisager ces rencontres comme la démonstration d’un résultat positif sur le plan de la réparation chirurgicale comporte néanmoins plusieurs écueils. En effet, l’enfant présenté à de futurs parents risque d’être catégorisé par son anomalie. Il peut également servir d’exutoire pour exprimer la haine éprouvée envers l’enfant lorsque celle-ci n’a pas trouvé de lieu d’expression.
Propositions issues de ces résultats
Conditions à observer pour transmettre l’information
- Respecter un temps de doute.
Lorsque l’échographiste qui réalise l’examen parle aux futurs parents d’une difficulté à interpréter les images et de la nécessité de faire appel à un confrère avant dénoncer le diagnostic de l’anomalie, il laisse place à un temps de doute. Lors de l’annonce d’une pathologie le respect d’un temps de doute a une vertu préparatoire et minimise le choc inévitable. Ce temps, s’il est ménagé au moment de l’échographie, permet en effet de se préparer à l’idée que l’examen peut révéler une anomalie chez l’enfant.
- S’assurer de la capacité d’intégrer l’information du parent.
Les phases d’acceptation, consécutives au choc de l’annonce, demandent un certain temps. Si un diagnostic fait à l’échographie donne un temps supplémentaire d’élaboration aux parents par rapport à ceux confrontés à la découverte de l’anomalie à la naissance, le diagnostic anténatal mais n’a pas de vertu préparatoire en lui-même. Lorsque le diagnostic est délivré peu avant la naissance les parents peuvent être encore en phase de sidération et ne pas réaliser pleinement la naissance de l’enfant.
- Ne pas multiplier les explications sur l’aspect anatomique.
Il est important d’anticiper sur la nécessité ou l’éventualité d’une hospitalisation et de fournir des explications sur ce que cela implique. L’idéal est d’organiser un réseau de professionnels aptes à renseigner les parents sur les modalités pratiques et d’adapter les propositions à leur situation personnelle.
Respect de l’appropriation de l’événement par les parents
Permettre aux parents d’investir du temps dans une recherche personnelle (famille, amis, documentation, etc…) est une étape importante. En effet, cela leur permet d’intégrer l’événement, de le faire entrer dans leur histoire.
Lorsque les parents rapportent l’anomalie à un événement familial qui sur le plan biologique n’a aucun rapport, il est important de respecter leur reconstruction imaginaire permettant d’intégrer l’événement. En effet s’approprier un événement est une aide pour faire face.
Réponses à la demande parentale de visualiser l’anomalie
- Lors de la demande de planches photographiques il est préférable de discuter avec les futurs parents de l’expérience d’autres parents dans un premier temps.
- Avec le consentement de parents volontaires il est possible de proposer une rencontre si le couple n’a pas la possibilité de se créer son propre réseau.
- La photographie d’une anomalie visible, si elle est présentée, doit être accompagnée par un professionnel (psychologue, personnel soignant compétent en sciences humaines). En effet, certaines perturbations observées sont moins liées aux manières d’annoncer l’anomalie qu’aux « échos » auxquels renvoient les représentations de l’anomalie dans l’histoire familiale.
Récapitulatif des propositions pratiques
Il est préférable de ménager un temps de latence avant de délivrer un diagnostic à l’échographie, d’autant plus qu’au moment de l’annonce les parents ne sont pas toujours réceptifs aux informations délivrées. Le travail d’acceptation demande du temps et, dans certains cas, un soutien ou une psychothérapie.
Sans possibilité d’observer un temps de latence, une annonce à la veille de la naissance n’est pas une aide, les parents n’ayant pas le temps d’intégrer psychiquement l’évènement. Le travail psychique d’acceptation sera plus long et plus compliqué suite à une annonce proche du terme par rapport à une annonce autour de l’échographie du cinquième mois.
Nous avons souligné combien les répercussions psychiques sont moins liées au type d’anomalie visible qu’aux représentations parentales, ce pourquoi il est important de recueillir celles-ci. Le repérage des associations faites par les parents nécessite une formation spécifique, et surtout une disponibilité suffisante lors d’entretiens. Les soignants sont invités, même hors de compétences spécifiques en sciences humaines, à faire reformuler aux parents ce qu’ils ont compris et ce que cela signifie pour eux.
Dans ce cadre, les rencontres entre parents, vivant une expérience similaire, peuvent être très positives, mais ne sont pas à appliquer comme des recettes ou des solutions. Quelquefois l’enfant porteur d’une malformation peut cristalliser ou raviver des conflits plus anciens. Si pour certains parents les rencontres s’avèrent une aide dans la progression du travail psychique, il est prudent de les accompagner.
Enfin, sur le plan éthique il faut trouver la solution du moindre mal entre retenir une information dans l’intention d’éviter de perturber les parents et la donner pour se couvrir sur le plan médico-légal. La conjugaison du devoir d’information et de celui de ne pas nuire (aux relations actuelles et futures entre les parents et l’enfant), il est souhaitable de proposer un accompagnement par un professionnel : psychologue ou soignant spécifiquement formé en psychologie.
Perspectives
Notre travail de thèse (Merg, 2001) contribue à comprendre les processus psychiques maternels déclenchés par la représentation d’une anomalie visible.
La grossesse est une période privilégiée pour recueillir les représentations inconscientes de la mère, mais il est aussi important d’interrogerce qui se passe sur le plan psychique chez les pères. Nous pouvons d’ores et déjà présumer d’une convergence des modes de réaction. Le débordement du psychisme lors du choc de l’annonce est propre à tout traumatisme.
Les informations recueillies confirment la nécessité d’une évaluation des pratiques actuelles sur l’impact d’une annonce au patient. Une suite est prévue à ce travail.



